La question qui revient le plus souvent quand je parle de notre virée à vélo le long de la Loire, ce n'est ni "combien de kilomètres par jour ?" ni "quel vélo pour un enfant de six ans ?". C'est : "vous avez vraiment réussi à tenir dix jours sans que quelqu'un craque ?"
Réponse courte : oui. Réponse honnête : on a craqué deux fois, dont une mémorable à Amboise. Mais le séjour vélo itinérant en famille le long de la Loire reste, à ce jour, la meilleure semaine et demie de vacances qu'on ait passée avec nos deux enfants. Et je pèse mes mots, parce qu'on a aussi testé la Bretagne sous la pluie et le canal du Midi en août.
Ce qui change tout sur la Loire, ce n'est pas le paysage. C'est le rythme. On peut faire 18 km et s'arrêter, ou 45, et personne ne vous jugera. La piste est plate sur une grande partie, balisée, et surtout : elle pardonne. C'est rare, un itinéraire qui pardonne.
Points clés à retenir
- Comptez 20 à 30 km par jour avec des enfants de moins de dix ans, pas plus.
- La portion Saumur – Tours est la plus roulante et la plus riche en pauses possibles.
- Le "tout plat" est un mythe : il y a des bosses, notamment autour de Blois et vers Nevers.
- Le retour en train avec vélos se prépare avant le départ, pas la veille au soir.
- Les hébergements labellisés "Accueil Vélo" font la différence sur les questions logistiques.
- Un budget familial réaliste tourne autour de 100 à 130 € par jour tout compris.
Pourquoi la Loire plutôt qu'une autre véloroute en famille
J'ai une théorie, et je vais la défendre : la Loire à vélo est la seule véloroute française qui combine trois choses qu'aucune autre ne réunit. La densité d'hébergements. La possibilité de raccourcir sans culpabiliser. Et des châteaux tous les 25 km, ce qui, pour un enfant de huit ans, vaut tous les discours du monde sur la beauté des paysages.
Comparons rapidement, parce que la question m'a été posée au moins quinze fois.
| Véloroute | Adapté aux enfants | Densité hébergements | Retour en train | Intérêt "culturel" pour un enfant |
|---|---|---|---|---|
| Loire à vélo | Très bon | Élevée | Bon (gares fréquentes) | Fort (châteaux, troglodytes) |
| Canal du Midi | Bon | Moyenne | Moyen | Faible |
| Vélodyssée (côté océan) | Moyen (vent) | Élevée | Difficile | Moyen |
| Bretagne (canal de Nantes à Brest) | Bon | Faible | Mauvais | Faible |
Franchement, le canal du Midi, on l'a fait. C'est joli, c'est ombragé, mais il pleut des cordes en octobre et il n'y a rien à faire pour un môme qui s'ennuie. La Loire, elle, a un avantage imbattable : on peut toujours improviser une pause. Un château, une plage de sable, un canoë, une glace à Blois. Le taux de "papa, je m'ennuie" descend à presque zéro.
Quelle est la plus belle partie de la Loire à vélo ?
La plus belle partie de la Loire à vélo se situe à mon avis entre Saumur et Tours, avec un léger avantage pour le tronçon Saumur – Langeais. C'est là que tout s'aligne : la piste longe le fleuve de près, le dénivelé est presque nul, les villages sont beaux (Montsoreau, Candes-Saint-Martin, Villandry juste à côté), et les distances entre deux pauses possibles tournent autour de 12 à 15 km.
Un bémol, et il est important : c'est aussi la portion la plus fréquentée. En juillet, autour de Montsoreau, on a roulé en convoi. Ce n'est pas dangereux, la piste est large, mais si vous cherchez la solitude, visez plutôt le tronçon Nevers – Decize, plus sauvage et beaucoup plus calme.
Pour un premier séjour familial, je conseille Saumur – Tours. C'est là qu'on revient.
Combien de kilomètres par jour avec des enfants ?
C'est LA question qui décide du succès ou de l'échec du séjour. Et la réponse est plus basse que ce que vous imaginez.
Notre moyenne réelle, sur dix jours, avec une enfant de six ans sur son propre vélo et un de dix ans sur un vélo à assistance électrique : 24 km par jour. Notre plus grosse journée : 38 km, et elle nous a coûté une soirée entière de mauvaise humeur. Notre plus courte : 11 km, et c'était la meilleure journée du séjour.
Les distances réalistes selon l'âge
- Moins de 5 ans (remorque ou siège) : 30 à 40 km possibles, l'enfant ne pédale pas, c'est le parent qui encaisse.
- 5 à 7 ans (vélo propre) : 15 à 20 km maximum. Au-delà, ça se termine en larmes.
- 8 à 11 ans : 25 à 30 km par jour, à condition de couper la journée en deux.
- 12 ans et plus : 40 km passent sans problème, surtout si le vélo est électrique.
Attention, un point qu'on ne lit nulle part : le mythe du "tout plat". J'y avais cru, moi aussi. La réalité, c'est qu'il y a des faux plats qui montent doucement pendant 3 km vers Blois, et quelques raidillons près de Nevers qui surprennent. Rien de dramatique — on parle de 2 à 4 % de pente — mais sur un vélo d'enfant chargé, ça se sent.
La règle des deux arrêts
Voilà ce qui a sauvé notre séjour : la règle des deux arrêts minimum par jour, dont un avec activité (baignade, visite, château) et un sans rien d'autre que s'asseoir. Le deuxième est aussi important que le premier. Un enfant qui fait 25 km a besoin de ne rien faire pendant une heure. Nous, on a continué à rouler pendant la première moitié du séjour. Erreur.
Logistique : location, bagages et vélos
Le vrai casse-tête d'un séjour itinérant en famille, ce n'est pas la forme physique. C'est la logistique. Et là, la Loire est mieux équipée que n'importe où ailleurs en France.
Louer les vélos enfants
On a loué sur place, à Orléans, pour trois vélos adultes/enfants plus un porte-bagages. Comptez 20 à 28 € par jour et par vélo selon le type, davantage pour un vélo à assistance électrique. La location d'un siège enfant ou d'une remorque tourne autour de 8 à 12 € par jour.
Deux conseils issus de ratés réels :
- Réservez au moins deux mois à l'avance en juillet-août. On a failli se retrouver sans rien à Blois.
- Vérifiez que le loueur propose un service de restitution à distance. C'est ce qui permet de ne pas revenir en boucle au point de départ.
Le transport des bagages
C'est le point que j'ai le plus sous-estimé. Rouler avec deux enfants, c'est déjà transporter deux fois plus d'affaires que prévu. Ajoutez-y les sacoches, et la journée se transforme en calvaire.
Solution qu'on a fini par adopter au bout de trois jours : la bagagerie. Un prestataire vient chercher vos sacs à l'hébergement du matin et les dépose à celui du soir. Comptez 25 à 45 € par étape pour une famille. Ça vous coûtera un peu, mais vous rouler léger, et c'est le jour et la nuit.
Le retour en train avec les vélos
Spoiler : c'est la partie qu'on rate tous au moins une fois. Les TER acceptent les vélos, mais le nombre de places est limité par rame (souvent entre 4 et 8), et sur certains axes il faut une réservation. En été, les trains du week-end sont saturés.
Ce qu'il faut faire, concrètement :
- Réservez vos billets vélo en même temps que vos billets personnes.
- Évitez les départs du dimanche après-midi. On l'a fait. On ne le refera pas.
- Prévoyez une solution de repli : un loueur qui accepte de récupérer les vélos sur place contre un supplément.
Hébergement : ce que change le label Accueil Vélo
Le label "Accueil Vélo" n'est pas un argument marketing. C'est un engagement : abri sécurisé pour les vélos, possibilité de laver le linge, transfert de bagages possible, petit-déjeuner tôt. Concrètement, ça change vos matinées.
Nos trois meilleures nuits, sur dix :
- Un gîte à Montsoreau, avec un vrai local à vélos fermé à clé.
- Un hôtel familial à Amboise, qui acceptait de garder les vélos au sous-sol.
- Un camping à Blois — bungalow toilé, moins de 80 € la nuit pour quatre, piscine incluse.
Notre pire souvenir : un hôtel "classique" à Nevers qui refusait de stocker les vélos ailleurs que dans la rue. On a dormi mal.
Le budget hébergement familial se situe entre 70 et 130 € la nuit selon le type de logement et la période. En juillet, les prix montent de 30 à 40 %.
Budget réel d'un séjour itinérant en famille
Voici ce qu'on a dépensé réellement, pour quatre personnes, dix jours, en itinérance complète entre Orléans et Saumur — hors transport aller-retour depuis chez nous.
- Hébergement : 940 € (moyenne 94 €/nuit)
- Location de vélos (3 vélos + accessoires) : 620 €
- Bagagerie : 280 €
- Repas et courses : 730 €
- Activités et entrées : 210 €
- Imprévus (une chambre d'urgence, une réparation) : 145 €
Total : 2 925 €. Soit environ 73 € par personne et par jour. C'est plus cher qu'un séjour statique, mais infiniment moins qu'un club de vacances équivalent en juillet.
Un poste qu'on aurait pu réduire de moitié : la bagagerie. Sur dix jours, ça pèse près de 10 % du budget. Mais je referais le même choix, sans hésiter.
Le vélo électrique : oui ou non ?
Réponse tranchée : oui, si l'un des deux parents tire une remorque ou si un enfant a plus de dix ans. Non, sinon.
Nous avions un vélo à assistance électrique pour mon fils aîné. C'est ce qui nous a permis de tenir 38 km un jour de vent contraire. Sans lui, on aurait abandonné le tronçon Blois – Amboise.
Le surcoût : environ 15 à 20 € par jour en location. Sur dix jours, ça chiffre. Mais l'autonomie réelle tourne autour de 50 à 70 km selon le mode, ce qui couvre largement une journée familiale. Attention aux bornes de recharge : tous les hébergements labellisés n'en ont pas.
Ce que je changerai la prochaine fois
Trois ans après, avec le recul, voilà mes ajustements.
D'abord, je partirais en mai ou en septembre. La Loire en juillet, c'est 32 °C l'après-midi, et rouler avec un enfant par cette chaleur, c'est jouer à la loterie. En mai, la lumière est meilleure, les châteaux sont vides, les prix redescendent.
Ensuite, je réduirais le nombre d'étapes. Dix jours, c'était trop pour nous. Huit, avec un jour de repos complet au milieu, aurait suffi. Le repos n'est pas une option, c'est une composante du séjour.
Enfin, je ne partirais plus avec un objectif de kilométrage. C'est la seule vraie erreur du débutant. Sur la Loire, la question n'est jamais "combien de kilomètres", c'est "est-ce qu'on s'arrête ici ou un peu plus loin". Et la bonne réponse, souvent, c'est ici.
D'ailleurs, quand on repense à ces dix jours, ce n'est jamais le chiffre du compteur qui remonte. C'est une sieste au bord de l'eau, à l'ombre d'un saule, pendant que les enfants jetaient des cailloux. On n'avait rien fait de la journée. C'était parfait.